A la fin du mois de juin, la direction invitait certains managers de proximité à une réunion surprise, pour leur demander de distribuer des augmentations (~100€ brut/mois) à des salariés cadres tirés du chapeau.
Les critères de sélection de ces privilégiés ? Mystère et boule de gomme,
managers et HRBP n’étaient pas dans la boucle. D’où vient cet argent magique ? Des reliquats du budget 2024 réservé aux promotions des cadres. Les managers, qui s’étaient vus refuser des promotions il y a six mois, étaient sûrement ravis d’apprendre qu’il restait du budget et de se voir imposer ces augmentations…
Une démarche opaque pour tout le monde, les organisations syndicales n’ayant pas non plus été informées.
Le courrier de l’ECADS du 16/05/2025
Aux employés d’Airbus Defence and Space
Avis officiel à propos de PROTON
Mesdames et Messieurs les membres de la direction,
Chers collègues,
L’ECADS convient qu’il est nécessaire de mieux préparer ADS pour l’avenir, de la rendre plus résiliente et plus efficiente.
L’ECADS rappelle la mise en œuvre malheureusement insuffisante de la dernière réorganisation, l’initiative ATOM, dans tous les domaines : l’organisation qui va être une nouvelle fois restructurée, les processus toujours défaillants, mais aussi la mise en place léthargique de la culture du leadership.
En décembre 2024, la direction a informé les membres du comité européen d’ADS (ECADS) de son intention d’entreprendre une nouvelle restructuration de l’ensemble de la Division Defence and Space et une suppression de postes au 1er juillet 2025. Le projet a été baptisé Proton.
Les motifs principaux avancés étaient l’amélioration de la compétitivité et de la rentabilité, en particulier dans le contexte des actualisations des coûts à achèvements (EAC) comptabilisés dans Space Systems pour certains programmes spatiaux, dont le cumul s’élevait à 1,9 milliards d’euros à la fin de l’exercice 2024. Ces éléments résultaient pour une part non-négligeable de l’actualisation de la valeur commerciale de contrats conclus. D’autres causes résidaient dans des dépassements des budgets coûts, des retards dans le franchissement de jalons définis, ainsi que dans une gestion déficiente des risques.
Pour Air Power, Connected Intelligence et Space Systems, Proton consiste en une réorganisation destinée essentiellement à approfondir la responsabilité de bout en bout, et en une restructuration comprenant la suppression de 2.043 postes.
Avec 55% des suppressions envisagées, soit 1.128 postes, Space Systems porte la part principale des suppressions de postes, les réductions concernant pour une part considérable Space Systems Engineering. 915 postes, soit 45% des suppressions envisagées, visent à réduire le niveau des coûts fixes et des frais généraux. La suppression de postes doit être achevée à la mi-2026.
Nous, les instances représentatives d’Allemagne, d’Espagne, de France, du Royaume-Uni, de Pologne et de Finlande (ECADS), critiquons les suppressions de postes et le nouveau changement d’organisation en si peu de temps. Il est inapproprié de procéder à des suppressions de postes sur la base d’erreurs massives du management dans le passé.
Le point particulièrement critique est toutefois que les suppressions de postes n’intègrent pas le contexte géopolitique actuel, ni les ambitions autoproclamées de la direction de l’entreprise, qui entend forger le leadership dans l’industrie militaire de l’aéronautique et de l’espace en Europe. Il est évident que les plans de suppression de postes ont été arrêtés avant que l’entrée en fonction du Président des Etats-Unis actuel ne modifie nettement l’analyse des Etats européens quant à la nécessité de leur indépendance dans les domaines de la défense et de l’espace. Depuis, plusieurs États européens ont revu nettement à la hausse leurs budgets, ou prévoient de le faire.
Vu la probabilité d’un décalage dans le temps jusqu’à l’attribution de marchés à Airbus Defense and Space, l’ECADS considère qu’il existe un risque élevé de perte de compétences et de savoir-faire, qui ne pourront plus être aisément remplacés en cas de reprise de l’activité.
L’ECADS critique fermement le nombre de postes à supprimer à l’échelle européenne. Les emplois y associés doivent être maintenus et il faut garantir l’exclusion de tout transfert de charges. Les suppressions de postes ne doivent pas se faire aux dépens du personnel de l’entreprise. Au vu des évolutions actuelles et de l’augmentation durable de la charge de travail, une révision à la baisse du nombre de suppressions de postes s’impose.
La communication et la transparence de la part de l’employeur sont lacunaires. Jusqu’à présent, il n’y a pas eu de justification convaincante et franche ni du volume, ni de la répartition des suppressions de postes au niveau national. La direction n’a pas présenté la situation du plan de charge, ni au niveau européen, ni au niveau national, de sorte que les suppressions de postes semblent arbitraires et pour le moins sans lien avec la réalité du plan de charge.
L’ECADS déplore l’augmentation du recours à la sous-traitance et exige que la priorité soit donnée aux effectifs internes. Nous mettons particulièrement en garde contre une augmentation de la sous-traitance, qui s’accompagnerait d’une perte d’expertise.
En revanche, nous accueillons favorablement le fait que, avant-même le lancement de la procédure sociale, tout licenciement contraint a déjà été exclu et que des garanties ont été données pour le maintien de tous les sites d’ADS.
L’ECADS souligne l’importance de garanties fondamentales pour la protection de tous les salariés dans toute l’Europe. Nous nous félicitons que la direction d’Airbus Defence and Space confirme les assurances suivantes :
a) “L’entreprise s’engagera de manière respectueuse, honnête et transparente dans le traitement de tous les salariés impactés par la réorganisation et l’adaptation des effectifs baptisée Proton. Conformément aux valeurs de notre société, il est clair que l’entreprise n’a jamais eu ni n’aura jamais l’intention de prendre des mesures coercitives en lien avec Proton.”
b) Nous nous engageons à gérer les adaptations de nos effectifs de manière socialement responsable. Ainsi, nous sommes heureux de confirmer qu’il n’y aura pas de suppressions de postes contraintes du fait de l’adaptation des effectifs Proton.
c) “L’entreprise est en mesure de confirmer que Proton n’entraînera aucun impact négatif sur le salaire de base actuel des individus, conformément à la législation nationale et aux accords d’entreprise.”
Pour réussir, il nous faut des objectifs communs. L’ECADS propose à la direction qu’elle présente sa vision et sa stratégie pour nos produits, services et technologies, ainsi que la rétention impérative de compétences et de lots de tâches plus près des effectifs de l’entreprise que par le passé.
Nous insistons vivement sur les risques posés par l’adaptation des effectifs, en particulier eu égard à la perte de compétences et à la situation déjà tendue en matière de charge de travail. Nous voulons que la direction identifie les domaines dans lesquels la charge de travail est élevée, et qu’elle définisse des mesures pour y remédier.
Nous encourageons vivement la promotion de la diversité et de la parité dans la représentation nationale des managers de Space Systems.
Nous appelons la direction à en finir avec le Cash Containment et à libérer tout le potentiel d’Airbus Defence and Space.
La stratégie révisée devrait être présentée à l’ECADS et à tous les salariés d’ici au 08.10.2025 (réunion de l’ECADS avec la direction à Ottobrunn).
Nous continuerons d’œuvrer à la défense des intérêts de tous les personnels d’Airbus Defence and Space.
Salutations cordiales
Thomas Pretzl et Julián Tierno Magro
Coprésidents du Comité européen d’ADS (ECADS)
Pour plus d’informations sur l’ECADS, rendez-vous sur son site intranet (accessible uniquement depuis un PC Airbus) : https://sites.google.com/airbus.com/ecads/home.
